mercredi 4 juillet 2012

Rock da Breizh : rock de bretagne ou rock breton ?


J'ai regardé avec intérêt le reportage Rock da Breizh diffusé récemment par des télés locales bretonnes ( Ty télé, Télé Rennes et Tébéo). J'ai découvert ce reportage via le blog La vie rennaise, je cite :

"Erwan le Guillermic et David Morvan ont réalisé un documentaire d’une cinquantaine de minutes sur la spécificité Rock et libertaire de la Bretagne. « Qu'y a-t-il en plus en Bretagne pour se différencier de la France ? »"

Voilà qui est très ambitieux et m'interpelle particulièrement. Nous avons choisi avec Daonet d'écrire sur le visuel de notre album "rock breton" comme étiquette qualifiant notre musique.

Premier album de Daonet, avec la mention rock breton

 Les étiquettes sont forcément réductrices mais permettent de citer des groupes références de manière implicite et donnent ainsi des repères pour qualifier un disque. Par exemple, rock celtique m'évoque Alan Stivell période Pop plinn, les premier albums de Matmatah et de Merzhin.

Premier album de Merzhin
Par contre, quand je pense à EV ou Tri Bleiz Die, il s'agit pour moi de rock breton.

Premier album de Tri Bleiz Die
Cette définition est sûrement dûe à l'emploi de la langue bretonne mais reste difficile à cerner, il y a quelque chose d'émotif là dedans. Quelle différence entre rock celtique et rock breton ? Certainement comme entre celtique et breton. Le celtisme englobe des caractéristiques propres aux peules celtiques, c'est à dire les nations représentées sur le fameux drapeau interceltique, mais aussi la plupart des peuples de France, la Belgique, la Suisse, l'Italie du Nord ... et de fait, le terme celtique peut qualifier également le métal des suisses Eluveitie ou des allemands de In extremo tout comme le punk rock des Levellers ou la pop des Corrs.

Les suisses d'Eluveitie

Le terme breton contient tout ce qui caractérise le celtique mais j'y associe quelque chose de plus charnel : la Bretagne est liée à un territoire, à une histoire qui la rendent spécifique. Le breton incarne le celtisme, tout comme l'irlandais ,l'écossais et tous les peuples gaulois l'incarnent également. S'il m'arrive d'employer le terme de rock celtique pour donner un repère quand je parle de Daonet, pour moi le terme approprié est rock breton.

C'est pourquoi la question « Qu'y a-t-il de plus en Bretagne pour se différencier de la France ? » lorsque l'on parle de rock m'intéresse particulièrement car de la réponse devrait découler la définition du rock breton.

Le reportage de 50 minutes commence par traiter du groupe rennais "Marquis de Sade" et de la scène rennaise de début des années 80. Ce groupe a été influencé par la scène londonienne grâce à une nouvelle ligne de ferry reliant la Bretagne à l'Angleterre. Etienne Daho explique la transition au milieu des années 80 entre le rock noir de marquis de Sade et une musique plus disco pour un public souhaitant plus s'amuser.

Miossec
Il est ensuite question de la scène brestoise décrite via l'expérience de Miossec qui associe l'architecture de la ville neuve de Brest à une certaine vision esthétique. Miossec revendique qu'il voulait surtout faire chier le monde avec son premier groupe de rock. Ensuite, un ancien organisateur de raves nous explique que les bretons aiment plus que les autres faire la fête, picoler et se couchent plus tard. Il exprime  une nostalgie de cette période d'insouciance des teuffeurs à l'époque où les raves party n'étaient pas encadrées et décrit l'essoufflement du mouvement.


Les Ramoneurs de Menhirs

La fin du reportage est consacrée aux Ramoneurs de Menhirs : Loran, guitariste fondateur des Béruriers noirs, y expose sa vision du rock qui est liée à l'insoumission, ce qui est pour lui une caractéristique du peuple breton. Il insiste également sur le côté intergénérationnel de la musique en Bretagne. Les festoù noz réunissent en effet tous les âges, les enfants avec leur parents et leur grand parents, ce qui selon Loran n'existe pas en France. On a droit également dans ce reportage à une séquence croustillante où Loran des Ramoneurs de Menhir décrit Louise Ebrel - qui chante régulièrement avec eux - en sa présence, comme une mamie de presque 80 ans ayant plus la pêche que certains jeunes. Loran insiste sur le côté épuré du rock qui doit être direct et qu'il met en opposition avec les super production type Johnny Hallyday ou issues de la Star Ac'. L'articulation entre l'héritage traditionnel et l'influence du rock est particulièrement bien mis en valeur lorsqu'il s'agit des Ramoneurs.

Louise Ebrel

Pour conclure, j'ai trouvé ce reportage très intéressant mais j'aurais aimé qu'il aille plus loin sur la définition du rock breton. Je re cite l'article du blog La vie rennaise :

A ce jour, à Rennes, on compte de nombreux groupes rock dont quelques-uns se détachent du lot, les Juvéniles, les Popopopop’s ou encore les Wankin’ Noodles. [...] pour David, ces trois groupes ne représentent pas une véritable nouvelle vague du Rock breton. « Qu’ils soient de Rennes ou d’ailleurs, c’est pareil. », dit-il. Ils n’ont pas de distinction musicale propre à la Bretagne. Mais c’est le phénomène Internet qui veut cela.
Cette réflexion n'est pas issue du reportage mais je la trouve très intéressante. Il y aurait bien une distinction entre rock de Bretagne et rock breton.
 
Daonet dans Presse Océan

Je me suis un peu amusé lors d'une interview dans Presse Océan, parue le 26 mars 2012. A la question "Y a-t-il une scène rock bretonne à Nantes ?" j'ai répondu que par définition la scène rock nantaise est bretonne. J'ai par contre remarqué que le terme de rock breton était peu revendiqué à ma connaissance.
De fait, l'étiquette "rock breton" est sujette à questions. A l'occasion de notre concert à Theix le 28 avril dernier, la journaliste de Ouest France m'interrogeait sur ce terme de "rock breton" et titrait "on fait du rock breton pas du rock anglais". De fait, le rock est forcément très influencé par la langue anglaise, nous écoutons tous les trois dans Daonet beaucoup de rock en langue anglaise, mais l'idée est d'expérimenter un son rock influencé par la culture bretonne également car les cultures ne s'opposent pas, elles s'enrichissent mutuellement.

Cet article en appellera certainement d'autres, n'hésitez pas à laisser des commentaires, votre avis m'intéresse beaucoup !

Gwendal

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