lundi 2 avril 2012

Gwerz Marv Pontkaleg, l'histoire du marquis de Pontkallec

Cette gwerz (complainte en breton) est issue du Barzaz Breiz, un recueil de traditionnels bretons collectés au 19ème siècle. Elle raconte l'histoire du marquis de Pontkallec qui a été décapité sur la place du Bouffay à Nantes en 1720 en tant que chef d'une conjuration bretonne contre la France.

Cette chanson fait partie des "classiques" de la musique bretonne avec nombre d'interprétations connues : Gilles Servat, Tri Yann, Alan Stivell ...

En tant que nantais, cette histoire nous touche particulièrement puisqu'elle se dénoue à Nantes dans une place centrale de la ville, où la vie - particulièrement nocturne - est très active. En effet, le quartier du Bouffay est le centre historique de Nantes avec énormément de bars et de restaurants.

Nous avons donc décidé de reprendre ce morceau en lui insufflant une énergie rock mais avec la volonté de conserver l'esprit initial de l'air et de ne pas trop accéler le tempo, de la même façon que nous l'avons fait pour Tri Martolod et le Bro Gozh ma Zadoù.

Il en résulte une interprétation assez punk du titre traditionnel mais qui reste assez fidèle à "l'original".

plaque place du Bouffay
Pour ce qui est du texte, la version du Barzaz Breiz contient 11 strophes. Il a donc fallu opérer un choix dans le texte pour raccourcir le morceau et rentrer dans un format rock. Nous n'avons donc conservé que 4 strophes de l'original et avons ajouté au texte 2 strophes finales pour ancrer cette histoire dans le présent et se projeter dans l'avenir : rappelez-vous de ceux qui ont défendu l'identité bretonne, cette ville dans laquelle nous festoyons est également un lieu de mémoire.
En 1979, une plaque a été posée pour rappeler aux nantais le lieu de l'exécution de Pontkallec et de ses co conjurés. Une polémique a démarré en septembre dernier car cette plaque a été détruite lors de la réfection de la place du Bouffay et la copie effectuée pour la remplacer étant de mauvaise facture, rien n'assure actuellement que la plaque commémorative retrouvera sa place. Affaire à suivre donc ...

Rappel historique :

L'unité de la Bretagne et de la France a été votée à Rennes par le parlement de Bretagne en 1532. Cet Edit d'Union spécifiait qu'il ne serait jamais porté atteinte aux privilèges, exemptions, franchises et libertés octroyés aux bretons par leurs ducs, et qu'ils continueraient à en jouir à perpétuité sous réserve seulement des modifications que proposeraient les Etats de Bretagne dans l'intérêt du pays.

En 1717, 40 ans après la révolte des Bonnets Rouges (1675), les Etats de Bretagne refusent de voter un don gratuit réclamé par l'intendant du roi.

Montesquiou, le commandant en chef, représentant du pouvoir central décide alors de dissoudre l'assemblée! Le parlement de Rennes fait porter ses remontrances: "La dissolution des Etats porte atteinte au traité d'union de la Bretagne à la couronne qui est le titre nous unissant à la France". Le régent doit capituler et rappelle les Etats.

De nouveaux incidents éclatent quand le conseil du roi se permet d'annuler une décision des états interdisant des taxes sur les boissons. Le Parlement interdit sous peine de poursuite de percevoir en Bretagne des impôts non autorisés par les Etats. Le Conseil royal envoie la force publique rayer sur les registres du Parlement les arrêts interdisant la perception de ces taxes.

A la mi-septembre 1718, des gentils-hommes fondent une union pour la défense des droits et privilèges de la province de Bretagne.

En avril 1719, ils décident de solliciter l'aide du roi d'Espagne alors que la France est en guerre avec l'Espagne. Le chef de la conjuration est à ce moment là le marquis de Pontkallec. De tous côtés la Bretagne s'agite, il faut faire intervenir les troupes pour faire payer l'impôt aux paysans, des révoltes éclatent.

Les conjurés attendent le débarquement promis des Espagnols, qui n'arrivera jamais. Trahis, les dirigeants Pontkallec, Montlouis, du Couëdic et Talhouët-Le Moyne sont arrêtés et décapités le 26 mars 1720 à Nantes, sur la place du Bouffay.

Pour en savoir plus :
http://www.istorhabreiz.fr/spip.php?article43
http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=12886


Extrait de la version de Daonet :



Le texte de notre version :

Ur werzenn nevez zo savet;
War markiz Pontkalek eo gret;
Mignon a oa d'ar Vretoned,

D'ar vourc'hizien ne laran ket;
Ha-pa oa digouet e Naoned,
E oa barnet ha kondaonet;

Da Bontkalek deuz int laret:
- Aotrou markiz, petra peuz gret?
- Pezh a oa dleet d'in d' ober;

Ha grit-hi ive ho micher.
Maro neb a gare he vro
Hag her greas betek ar marv;

Dalc'hit soñj mar plij Naonediz
Amañ voe lazhet ur markiz
El lec'h ma tañs ar yaouankiz

'n amzer-se oa savet ur werz
savet war Bontkalek a-benn
ma vefe e stourm kendalc'het

Une nouvelle complainte a été écrite sur le marquis de Pontkallec
C'était l'ami des bretons, des bourgeois je ne dis pas
Et quand il fut amené à Nantes, il fut jugé et condamné
Ils demandèrent à Pontkallec
-Monsieur le marquis, qu'as-tu fait?
- Ce que je devais faire et faites aussi votre métier
Il est mort celui qui aimait son pays
Et qui l'aima jusqu'à la mort
Rappelez-vous nantais,
Ici fut assassiné un marquis
A l'endroit où danse la jeunesse
En ce temps,il fut composé une complainte sur Pontkallec
afin que son combat perdure


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